jeudi 13 août 2015

Stona Fitch - Aveuglé

Quatrième de couverture :
Bruxelles. Après un dîner d’affaires. Elliott Gast, économiste américain sans histoires, se fait kidnapper. Il se retrouve enfermé dans un appartement anonyme, sans aucun contact avec ses ravisseurs. Elliott pense d’abord que c’est une erreur. Qu’on l’a pris pour quelqu’un d’autre. Rien en effet dans son existence ne peut motiver un tel acte. Il n’est pas spécialement riche, il ne fait pas de politique, il n’est pas célèbre, c’est un homme dans la foule. Alors pourquoi s’en prendre à lui ? Lorsque, enfin, ses ravisseurs lui révèlent la vérité, elle apparaît plus atroce que tout ce qu’il a pu imaginer : ceux-ci savent tout de lui et ont décidé, pour des raisons bien précises, d’en faire la proie d’une expérience interactive et voyeuriste d’une cruauté sans précédent.

Mon avis : 17/20 - COUP DE COEUR -
Avant tout commentaire, je tiens à remercier les éditions Sonatine qui ont gentiment accepté de m'envoyer ce livre. 

Voilà un roman qui remplit absolument tous les codes du thriller parfait. Le synopsis de base peut paraître un peu bateau, mais c'est tout le contexte autour du kidnapping qui enrichit l'histoire et qui prend le lecteur aux tripes.
Les personnages sont peu nombreux mais ils ont chacun une place bien définie. Elliott Gast, le kidnappé, fait beaucoup de liens entre sa vie en captivité et sa vie passée ce qui nous permet de mieux le connaître et de nous attacher à lui. On souffre doublement lorsqu'il se fait torturer et on n'attend qu'une chose : sa libération.
Mais voilà, sa libération est mise en jeu. Sa vie est entre les mains d'internautes qui ont le pouvoir de décider si, oui ou non, sa souffrance doit continuer ou s'il doit être relâché. Quoi de mieux que ces faits pour nous mettre sous les yeux l'évidente société malsaine dans laquelle nous avons tendance, de nos jours, à nous diriger ? Ce livre reflète parfaitement bien le plaisir du voyeurisme de notre époque avec ce côté "télé-réalité du terrorisme". 
Les scènes de tortures sont peu nombreuses mais les descriptions sont suffisamment bien écrites pour qu'elles marquent la mémoire. Le suspens est présent jusqu'à la fin de l'oeuvre, les retournements de situation nous prennent par surprise et l'on ressort de cette oeuvre avec une multitudes de questions non résolues mais, à l'image du protagoniste, on n'est même plus en état de nous les poser.

Ce livre est un parfait thriller qui nous mène par le bout du nez jusqu'à la fin de l'oeuvre et qui remet en question notre société sur son voyeurisme malsain dont nous sommes tous les coupables. Une oeuvre à la fois plaisante et acide.

lundi 10 août 2015

Yannick Monget - Gaïa

Quatrième de couverture :
Et si un jour l'homme prédateur devenait la proie, à son tour menacée d'extinction ? 

Le monde sombre dans le chaos : un phénomène nouveau et inexpliqué affecte les écosystèmes du monde entier. Le comportement des animaux est bouleversé, les espèces végétales sont frappées d'impossibles mutations alors qu'une étrange épidémie se répand, qui pourrait causer la mort de millions de personnes. 
Au coeur de la forêt tropicale amazonienne, Alexandre Grant, P.-D.G. d'une société de biotechnologie américaine, rencontre Anne Cendras. La célèbre biologiste française est convaincue que ce cataclysme n'a rien à voir avec le réchauffement climatique, mais qu'il menace la survie de toute l'humanité. 
Aucun gouvernement ne sait comment enrayer ce phénomène et déjà le contact est rompu avec certaines régions du globe. Seuls quelques individus, que tout oppose en apparence, sont bien décidés à comprendre et à lutter ?

Mon avis : 16/20
Voilà un livre qui remet en cause l'avenir de la planète et la place que l'homme s'y est approprié depuis des années. L'homme redevient une victime le temps de quelques pages.
L'intrigue est très bien construite et on se prend, au fil des pages, à chercher nous-mêmes la raison pour laquelle la nature aurait pu changer si rapidement sa façon de se développer et sa façon d'agir. On se retrouve immergé dans un Paris (et New-York) enseveli sous de nombreuses plantes tropicales. Une forêt amazonienne en pleine ville, on s'y croirait presque. 
Les deux personnages principaux, un PDG d'une filière de Monsanto et une biologiste activiste, auraient facilement pu tomber dans le stéréotype du "patron capitaliste qui n'a pas de coeur et qui méprise la nature" face à "la hippie qui manifeste contre tout, qui se révolte pour n'importe quoi, qui mange bio et est compatissante envers la moindre feuille de chêne" mais l'auteur a parfaitement su détourner ce stéréotype facile, ses personnages sont carrément humains et réalistes, on est surpris qu'ils ne tombent pas si aisément dans le cliché auquel on s'attend à l'annonce des protagonistes. On se retrouve avec des personnages intéressants et bien travaillés. 
L'intérêt principal de ce livre résulte dans l'intrigue et de la réflexion écologiste qui en ressort : peut-on continuer à tout contrôler comme on le souhaite sachant que l'on dérègle l'ordre établi par la nature ? La plupart des hypothèses faites par les personnages laissent à réfléchir pour le lecteur et lui permettent de se remettre en question. Un petit bémol tout de même, cette réflexion ne va pas jusqu'à remettre en cause directement les élevages intensifs des animaux alors que ceux-ci sont tout de même l'une des causes principales de tous les dérèglements qui se produisent de nos jours. (Hors un passage sur les cocons, que je ne vous spoilerai pas).
Ce livre est aussi intéressant en intrigue qu'en matière réflexive, l'écriture est fluide mais la pseudo happy-end arrive comme un cheveux sur la soupe et on reçoit beaucoup trop d'informations en peu de temps pour tout bien assimiler, ce qui est un petit moins mais qui n'enlève pas tous les points positifs énoncés précédemment. 

"Vous, vous n'êtes pas un prédateur, vous êtes un exterminateur, précisa-t-elle. Vous n'avez pas votre place dans cette chaîne, vous êtes ce que nous nommons une "espèce nuisible". Vous êtes un peu comme cette algue tueuse, la Caulerpe, expliqua Anne.
- Celle qui a envahi la Méditerranée ?
- Oui, je vois que vous connaissez ; et bien vous êtes semblable. Vous colonisez des terres, en y détruisant tout, pour vous installez, vous, et seulement vous, éradiquant tout ce qui pourrait vous gêner dans votre développement jusqu'au jour où, comme la Caulerpe, vous disparaîtrez après avoir compris que ce que vous détruisiez vous était indirectement vital."

"Vous êtes peut-être incroyablement évolués, mais vous n'en restez pas moins un être vivant."